☼ Méditation des larmes

Molitva"...Cette passion qui m'anime et que j'ai toujours pris soin de tenir secrète... Soudain, et sans que le moindre signe avant-coureur m'ait alerté, mon visage est baigné de larmes. Mon corps, secoué par de bruyants sanglots. Des secondes de gêne, d'inquiétude, de frayeur. Ma volonté qui se mobilise, et je m'efforce de me ressaisir, de refuser ces larmes, de repousser cette émotion qui m'a pris de court. Mais je ne puis rien, et elle me submerge, m'emporte, me roule impétueusement dans sa vague. Alors se déchire la tension de cette souffrance qui m'a toujours accompagné. Mais surgit aussi dans le même temps une joie d'une saveur jusque-là inconnue, et une force s'installe, une confiance, un immense et lucide amour de la vie, la conscience que je suis un privilégié, qu'il me faut croire en moi-même, m'acharner, continuer à gravir la pente... Je ne lutte plus, cède, m'abandonne... Coulent encore et encore les larmes qui disent enfin mon consentement. Les larmes qui annoncent que jaillira bientôt la source. Les douces larmes heureuses de la délivrance."         

Charles JULIET "Accueils" Journal IV 1982-1988   (dernière page...)

 

 

Tu sors de la forêt. Les brouillards se sont dissipés. Tes blessures ont cicatrisé.

Une force sereine t'habite. Sous le soleil renouvelé, le monde a revêtu d'émouvantes couleurs. Tu as la conviction que tu ne connaîtras plus l'ennui, ni le dégoût, ni la haine de soi, ni l'épuisement, ni la détresse.

Certes le doute est là, mais tu n'as plus à le redouter. Car il a perdu le pouvoir de te démolir. D'arrêter ta main à l'instant où te vient le désir de prendre la plume. La parturition a duré de longues, d'interminables années, mais tu as fini par naître et pu enfin donner ton adhésion à la vie .

Depuis cette seconde naissance, tout ce à quoi tu aspirais mais qui te semblait à jamais interdit, s'est emparé de tes terres : la paix, la clarté, la confiance, la plénitude, une douceur humble et aimante.

Parvenu désormais à proximité de la source, tu es apte à faire bon accueil au quotidien, à savourer l'instant, t'offrir à la rencontre.

Et tu sais qu'en dépit des souffrances, des déceptions et des drames qu'elle charrie, tu sais maintenant de toutes les fibres de ton corps combien passionnante est la vie.

Charles Juliet "LAMBEAUX" (dernier paragraphe)

 

 

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                                                                            Charles JULIET